Le blog du Port Ariane

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Montpellier aura-t-elle un jour son port fluvial? (Port Marianne)

Source de l'article: (06 mars 2012)

 

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Le caprice de Port Marianne

 

« C’est sûr désormais, Montpellier aura son port en 2015 », affirmait en septembre dernier le quotidien régional, suite à une déclaration péremptoire du sénateur Robert Navarro, premier vice-président de la Région, délégué aux transports et à l’intermodalité. Par Fredéric Vinson

En relançant l’idée d’un port fluvial à Port Marianne – associé au projet d’urbanisme depuis le premier plan de masse élaboré par l’architecte Ricardo Bofill en 1988 –, l’élu régional prétend doter Montpellier d’un « outil de promotion formidable », d’un « écrin » qui rendrait « fiers de nombreux Montpelliérains ». Une opportunité, selon M. Navarro, à l’heure où la lutte contre les inondations imposerait de lourds investissements sur cette partie littorale du fleuve. De « l’argent bien investi » (30 à 40 M€)… 300 bateaux de plaisance viendraient s’amarrer là depuis Palavas-les-Flots. Le bassin Jacques Cœur, à l’est de la nouvelle mairie, en marque aujourd’hui l’emplacement. Mais cette fois, le projet n’a soulevé aucune protestation. Au mieux une certaine indifférence, au pire une certaine gêne. En six points, chicxulub vous explique pourquoi.

1- La Région n’a pas compétence sur le Lez

Bien qu’officiellement demandée par l’assemblée régionale, la mise en navigabilité du Lez, compétence de l’Etat et sésame pour intervenir sur le fleuve, n’est à cette heure toujours pas transférée par la préfecture à la collectivité. Toujours officiellement, pour la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement LR (DREAL) : « Le dossier est toujours en cours d’instruction. » Aucun délai n’est toutefois fixé, et cette instruction dure depuis déjà un certain temps… Dès mars 2006, le rapport de la délibération régionale demandant ce transfert a été soumis au Conseil économique, social et environnemental régional pour avis. Peu enthousiaste, « le Conseil, en l’absence d’informations précises et complémentaires, et en raison des réticences exprimées, s’est donc borné à prendre acte du rapport. »

Au transfert de compétence, indispensable, s’ajoute le transfert des domaines publics communaux de Lattes et de Montpellier, ainsi que l’acquisition des portions de rives appartenant aux propriétaires privés. Des procédures longues, trop longues pour aboutir avant 2015, date annoncée pour l’inauguration du port.

(Projet de 1988)

2- Aucun élu ne relaie l’info

Le président de Région, Christian Bourquin, ne s’est pas exprimé sur le sujet. Construire pour l’avenir, l’abécédaire du Languedoc- Roussillon publié par la collectivité en décembre 2011, évoque le seul objectif de « doter Sète de 2 000 anneaux ». Pas une ligne sur Port Marianne.

Le maire de Montpellier, Mme Mandroux n’a pas plus réagi. Pas plus que celui de Lattes, M. Meunier, « malgré l’intérêt porté à ce dossier, [il] ne souhaite pas s’entretenir avec la presse à ce sujet étant donné que celui-ci ne rentre pas dans son domaine de com- pétence. » Aucun autre élu n’a pipé mot. Mais à l’occasion de la réunion internationale sur la biodiversité du 17 janvier dernier, Mme Mandroux a confié à chicxulub qu’elle n’était pas favorable à la création de ce port : « Je préfère les canards », a-t-elle souri sans vouloir en dire plus.

3- Des travaux surdimensionnés par rapport à l’usage

L’architecte François Fontès, auteur du projet, concédait à chicxulub, que, s’il voit le jour, ce sera « un beau projet, même si le port paraît peu fonctionnel, il remportera sans doute un grand succès. » Sont évoqués deux écluses (en plus de celle de Lattes) et un ascenseur à bateau. Dans un article de 2010, l’architecte Antoine Garcia-Diaz rap- pelait une étude de 1995 dans laquelle il préconisait de ramener au niveau du Lez le port perché, déplorant sinon « un temps trop long, en plus du trajet jusqu’à la mer ». Sans parler des contraintes d’ouverture et de fermeture… Son collègue, Philippe Bonon, parlait lui d’une « belle perspective sur parc Marianne ».

Se pose aussi la question des services aux plaisanciers : Quid d’une station essence, d’un magasin d’accastillage, d’une aire de carénage, de pou- belles pour matériaux toxiques (peintures, ré- sines…) ? Ou rien, comme Port Ariane à Lattes ? De plus, la mise en navigabilité impose de draguer le lit du Lez, pas assez profond et à l’étiage insuf- fisant. Et d’intervenir sur les huit seuils (petits bar- rages) que compte le fleuve, entre la Maison du Lez et les étangs ! Avec quel impact sur la nature et quelle compatibilité avec la réglementation en- vironnementale ?

(Projet de 1988)

4- La nature est déjà malmenée

D’après le rapport 2010 de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse présenté en décembre dernier, 49 % des eaux des bassins versants sont en mauvais état écologique en raison des pesticides et de l’aménagement excessif des fleuves et rivières (seuils, écluses, digues, barrages…) qui fragilisent les écosystèmes.

La dégradation des fleuves provoque également sur le désensablement du littoral. « Ce qui nous menace, ce n’est pas la submersion marine, mais le déficit de dépôt sédimentaire, car on a fortement perturbé l’apport des fleuves ces quarante dernières années », explique Raphaël Certain, maître de conférence à l’université de Perpignan (chicxluub n°25).

Les participants au Forum « Vivre avec les crues », organisé à Paris en décembre 2011 par le WWF (Fonds mondial de la nature) soulignaient quant à eux qu’il « ne faut pas craindre les crues, mais favoriser leur écoulement naturel dans des zones humides, sans les limiter par des digues bétonnées ». Une mise en navigabilité du Lez, fleuve déjà lourdement canalisé au nom de la lutte contre les inondations, ne va pas dans ce sens.

5- La réglementation est draconienne

La Directive cadre européenne (DCE) d’octobre 2000, transposée en droit français en avril 2004, impose à tous les Etats membres « de maintenir ou recouvrer le bon état des milieux aquatiques d’ici à 2015 » : cours d’eau, plans d’eau, lagunes, mer, eaux souterraines. En France, les Schémas directeurs d’aménagement et de gestion de l’eau (SDAGE) font office de plans de gestion. Le SDAGE Rhône-Méditerranée, décliné par bassins versants (ici, le SAGE Lez-Mosson- étangs palavasiens élaboré par la Commission locale sur l’eau, la CLE), fixe les objectifs d’utilisation, de mise en valeur et de protec- tion des milieux aquatiques. Les documents actuels portent sur la période 2010/2015 (lire le point de vue de Mme Pétard, ci-contre). Les dossiers d’urbanisme, a fortiori tout projet de développement d’une activité de loisirs, doivent être rendus compatibles avec leurs orientations. Le port semble plutôt apporter à leurs prescriptions une « différence substantielle » qu’une « atteinte marginale », selon leur propre terminologie.

6- La dépollution entraîne des coûts importants

Le Mémento eau & aménagement du territoire, un guide de pla- nification de la Direction régionale de l’environnement de la région LR (DIREN), préconise que les projets intègrent avant les coûts liés à l’eau, plutôt que d’avoir à les supporter après, voire à la place de ceux qui ont généré les problèmes, selon une logique des transferts de ces coûts sur la collectivité, et donc le consommateur d’eau. « Une dépense évitée à long terme, c’est aussi la preuve d’une bonne gestion », affirme le Mémento.

Bref, l’avenir de cet objet marketing, selon l’aveu de son dernier défenseur, M. Robert Navarro, est bien compromis. Au final, un au- thentique port à Port Marianne semble ne se justifier que par la seule fidélité à une idée désormais dépassée, exhumée par un politique en sursis comme un appel à la mémoire de feu son mentor… comme un appel au secours. La levée de l’immunité parlementaire du Sénateur ayant été demandée le 2 février dernier par la justice pour une probable mise en examen dans l’affaire des comptes de la fédération du parti socialiste de l’Hérault, « il a désormais autre chose à faire », commentait Monique Pétard en marge d’une confé- rence de presse. Mais pour l’heure, les services de la Région travail- leraient toujours sur le dossier. Selon M. Bérard, ancien directeur de la Serm, les travaux d’endiguement en cours sur le Lez, largement financés par la Région, seraient même une préfiguration de la mise en navigabilité du Fleuve : « Oui, mais l’objectif premier est bien la lutte contre les inondations », a-t-il déclaré à chicxulub. •FV

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Réactions

Maryse Arditi, ex-conseillère régionale Verts et vice-présidente de Région, déléguée à la formation professionnelle. Depuis 2009, pilote du réseau risques industriels à France nature environnement.

« 10 000 projets plus intéressants pour la Région »

L’idée d’un port à Montpellier a ressurgi…

J’y étais opposée, je n’ai pas changé d’avis. Permettre aux bateaux d’accéder en ville n’a d’autre sens que d’y drainer encore plus de touristes. Si Frêche était là, il le ferait sûrement, grâce à ses réseaux. Mais aujourd’hui, qui peut prétendre à une telle force d’entraînement ?

Ne serait-ce pas un bon investissement ?

On investirait une somme délirante (le magazine Capital évoque 60 M€, ndlr) dans du tape-à-l’œil. Si les statistiques de sorties sont de l’ordre de celles constatées ailleurs en région, soit 3 à 4 jours/an, autant créer des bateaux à louer ! Plus sérieusement, il y a 10 000 projets plus intéressants pour la Région, comme le développement des TER à 1 €. Sans oublier le financement des ports de Sète et Port- la-Nouvelle, les énergies renouvelables, l’agriculture biologique et les réseaux de proximité. S’il ne s’agit que de créer une carte postale, autant projeter une image numérique !

Et côté environnement ?

Le bétonnage amoindrit la capacité d’épuration de l’eau. La peinture des bateaux est toxique, il y aura des poubelles domestiques… déjà que le Lez n’est pas en très bon état. De plus, ajouter des aménagements ne va pas dans le sens du SAGE (schéma d’aménagement et de gestion de l’eau, ndlr). Encore loin du projet, les agences de réglementation environnementale s’abstiennent de commentaires. Elles réagiront plus tard.

Jean-Paul Volle, professeur émérite de géographie, docteur en géographie-aménagement, chercheur au sein de l’unité ART-Dev, université Paul Valéry, UM3.

« Le bassin Jacques Cœur a trouvé sa place »

L’idée d’un port à Montpellier a ressurgi…

J’y vois une contradiction de fait : si le bassin est dans une logique urbanistique, le port relève, lui, d’une vision provocatrice. Montpellier peut-il retrouver l’environnement du port Juvénal ? L’image portuaire valorisante et la forte demande en anneaux sont-elles un atout sur le plan économico-touristique ? Les aménagements sont lourds, le prix de l’anneau peut être très cher et problématique pour développer le tourisme. Et quel tourisme ? Enfin, la navigabilité reste un problème encombrant, voire paralysant (quantité d’eau, biodi- versité), quels bateaux iront sur le Lez ?

Alors, bonne ou mauvaise idée ?

On veut créer un paysage artificiel dans un contexte déjà très urbain. Pourtant, le bassin Jacques Cœur a trouvé sa place. Il relève d’une occupation naturelle, créatrice d’une flore, d’une faune et d’une so- ciabilité reconnue. Telle une fenêtre sur la nature, le bassin illustre ce que peut donner un plan d’eau respiratoire pour les immeubles. N’est-il pas trop beau pour qu’on y touche !

Vous imaginez autre chose ?

Les bateaux n’amèneront rien. Qui dit que dans vingt ans ce qui sera le plus valorisant pour l’immobilier ne sera pas justement ce « droit de regard » sur une nature présente, rare ailleurs ? Ce bassin, c’est le symbole de l’Eco-Cité, de la ville nature… L’astuce serait de faire la ville autour de ça. Pourquoi ne pas s’en tenir à des activités nautiques de loisirs, barques et modèles réduits, par exem- ple ? Il faut faire preuve d’esprit sensible et d’un caractère fort, choisir l’environnement et la nature comme principes d’aménagement.

Monique Pétard, vice-présidente déléguée à l’environnement et à l’Agenda 21, présidente de la Commission locale de l’eau (CLE).

« Un projet d’une autre époque »

Le port Marianne implique la mise en navigabilité du Lez…

La CLE n’a pas reçu de dossier. Nous sommes en pleine révision du SAGE. Un gros enjeu car il s’agit de restaurer la biodiversité dans l’écosystème aquatique. Heureusement, grâce à Maera, la station d’épuration, nous avons un bon état écologique des masses d’eau dans le Lez [NDLR : Selon le rapport de l'Agence de l'Eau publié en décembre 2011, la qualité de l'eau du Lez est au contraire  "médiocre"].

Sur le principe, qu’en pensez-vous ?

Je rappelle que la CLE, c’est 48 membres, dont une majorité de com- munes. Je ne saurais m’exprimer seule en son nom. Pour autant, je crois qu’un tel projet rencontrerait des difficultés. Rien que la mise en navigabilité… un ascenseur et deux écluses pour le dénivelé, le curage du lit (que va-t-on faire des matériaux retirés ?), la dégrada- tion des ripisylves et des frayères, la propagation de la Jussie, algue envahissante et d’inévitables rejets de pétrole, d’huiles, d’eaux usées, comme on en rencontre avec les pénichettes sur l’Hérault. Cela me paraît pharaonique, un projet d’une autre époque. Et apparemment, contradictoire avec les orientations prises dans le département.

Que pourrez-vous faire ?

Au niveau départemental, le SDAGE alerte sur l’impact de l’urbani- sation. Une fois saisis, on étudiera les équilibres besoin/ressources, les modalités de travaux et de restauration, les arguments de justi- fication. Nous passons en zone aride, la pénurie d’eau guette. Il y a une prise de conscience aiguë des maires en la matière. Il ne s’agit plus de plier la nature à notre main. Que la Région s’implique avec nous à des projets de restauration. On ne lutte pas contre les effets du climat : on s’adapte.

Propos recueillis par FV

 

 

 

 

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<===================Fin de l'article CHICXULUB====================>

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Bassin Jacques Coeur, Montpellier           Port Ariane, Lattes 

 

Voici deux captures d'écran que j'ai effectué sur google map à la même altitude, nous remarquons à gauche que le bassin Jacques Coeur a sensiblement la même taille que le Port Ariane à Lattes. 

Supposons qu'on arrive, comme il est souhaité, à faire rentrer 300 bateaux à Montpellier (alors qu'à Lattes il n'en rentre que 100...). Peut être est il possible d'agrandir le bassin ou de mieux optimiser les emplacements. Suposons maintenant que la place soit louée 2000 euros par an (en moyenne 1855 euros à Lattes pour un 10/12m). Le chiffre d'affaire du Port de Montpellier, de facon très optimale, serait de 600 000 euros par an. 

Il faudrait donc 100 ans pour seulement rembourser l'investissement de départ de 60 millions d'euros, dans l'hypothèse où l'estimation ne serait pas revue à la hausse comme souvent.

 

 

Le bassin Jacques Coeur actuellement:

 

 

 

 

 

Qu'en est il de la navigation? 


Montpellier a déja eu un port et une activité fluvial jusqu'en 1942.

(==> voir ICI en photo <===)

 

 

Le port de Lattes se trouve à une heure de navigation sur le Lez de Palavas (vitesse limitée et passage d'une écluse nécéssaire). De plus la sortie en mer à Palavas est rendue impossible à quasi tout les bateaux de Lattes en raison d'un pont trop bas à Palavas, la sortie en mer se faisant au mieux à Frontignan en empruntant le canal du Rhône à Sète, il faut donc rajouter 2 heures à la première pour descendre le Lez.

 

Pour ralier Montpellier il est prévue comme autrefois, deux autres écluses plus (+) probablement un ascenseur à bateau pour monter dans le bassin jacques coeur sans le vider de son eau. Nous estimons donc qu'il faudra au minimum 2 heures de plus pour aller de Lattes au futur port de Montpellier s'il venait à voir le jour.

 

Récapitulatif:

Frontignan/ Lattes : 3 heures 

Lattes / Palavas : 1 heure (sortie en mer impossible à Palavas)

Lattes / Port Marianne : 2 heures (estimation)

 

Port Marianne à la mer (frontignan):  5 heures... ou 3 heures pour des barques qui pourraient passer sous le pont de Palavas. Tout cela en n'attendant pas trop pour passer les écluses, je rappele qu'il peut nous être demandé d'attendre jusqu'à une heure pour passer celle de Lattes (voir dernier règlement).

 

Port Marianne ne pourra donc être qu'un port fluvial s'il vient a voir le jour. Les écluses et l'ascenseur à bateaux devront donc permettre la remonté de bateaux fluviaux d'assez grande taille (environ 15 m maxi).

 

 

 


Avec la crise, le projet Port Marianne semble s'éloigner d'avantage... 

La question de Jean-Paul Volle semble la plus pertinente:

 

"Pourquoi ne pas s’en tenir à des activités nautiques de loisirs, barques et modèles réduits, par exemple ?"

 


 Cyril V., Plaisancier du Lez et administrateur de ce blog (Tianex).

 

===> Retrouver des anciens articles de ce blog sur Port Marianne ici <===



07/03/2012
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